Le début du gore en tant que genre peut sans aucun doute être attribué à Hershell Gordon Lewis (à moins que vous ne possédiez des films amateurs de votre grand-père en 8 mm - non? Alors, ... adjugé!!!)
, artisan américain des années soixantes, docteur ès-mauvais goût, sans doute titulaire d'un DEA en mutilation féminine (en fait ancien professeur d'anglais... méfiez-vous du votre, on ne sait jamais). En 1963, il réalise BLOOD FEA
ST, dans lequel apparaissent pour la première fois à l'écran des chairs mutilées en gros plan. Bien que le réalisateur lui-même qualifie ce film d'"accident dans l'histoire", son succés sera tel qu'il s'engouffrera dans la porte ouverte par cel
ui-ci. S'ensuivent logiquement une floppée de films aux titres particulièrement évocateurs : 2000 MANIACS (1964), COLOUR ME BLOOD RED (1964),
THE WIZARD OF GORE (1970) et enfin THE GORE, GORE GIRLS (1972), qui marque la fin d'une carrière remplie de "nudies" et de films de bikers.
En 1968, un jeune inconnu réalise le premier chef-d'oeuvre américain du genre. Tourné en noir-et-blanc pour trois francs six sous, il s'agit bien sûr de l'inestimable THE NIGHT OF THE LIVING DEAD, dans lequel des zom
bies mangent de la chair humaine, et où une petite fille tue sa mère à coups de truelle. Pour George A. Romero, ce n'est que la première incursion dans un genre dont il deviendra un des familiers, livrant dix ans plus tard un des plus grands films gores d
e tous les temps (nous y reviendrons...).
Pendant ce temps-là, Mario Bava sévit en Italie. Dans ses films, tels que SIX FEMMES POUR L'ASSASSIN et LA BAIE SANGLANTE (1971, remake de son propre film L'
ILE DE L'EPOUVANTE de 1971), on découvre une grande caractéristique du meilleur cinéma d'horreur Italien, dont Dario Argento sera, l'espace de quelques films, le représentant le plus significatif : une véritable mise-en-scène des meurtres, qui
sont magnifiquement chorégraphiés dans leurs multiples excés. En parlant du sieur Argento, d'ailleurs, celui-ci réalise son premier film, L'OISEAU AU PLUMAGE DE CRYSTAL en 1969.
En 1972 se produit le véritable premier choc : Sean S. Cunningham, futur réalisateur de VENDREDI 13, produit le premier film de Wes Craven, seconde incursion du cinéma américain dans l'ultra-violence après ORANGE MECANIQUE, LA DENIERE MAISON SUR LA GAUCHE (à l'origine intitulé NIGHT OF VENGEANCE), ou la terrifiante histoire de deux adolescentes séquestrées, tortur
ées puis assassinés par un groupe de meurtriers évadés de prison. A l'origine de nombreux scandales lors de sa sortie, ce film percutant n'a, aujourd'hui encore, rien perdu de sa puissance.
1973 sera l'année de l'entrée du gore dans le monde du cinéma grand-public, avec L'EXORCISTE de William Friedkin. Phénomène sans précédent dans l'histoire du cinéma d'horreur, cette effrayante histoire de possession
satanique, remarquablement interprétée par Max von Sydow et Linda Blair, sera nominée dix fois aux oscars, même si, au final, seuls lui seront attribués ceux du meilleur scénario adapté et du meilleur son (qui ne se souvient pas de la musique entêtante de
Mike Olfield?). La force de ce film réside, non seulement dans les nombreux tabous qu'il viole sans vergogne, mais aussi dans la puissance de ses effets spéciaux de maquillage, et dans l'ambiance maléfique installée par le réalisateur.
Decidemment, les années se suivent et se ressemblent. En effet, 1974 est l'année de la réalisation du plus grand film de Tobe Hooper (ce n'est pas réellement un exploit; il semblerait même, au vu du reste de sa filmographie, que ce soit un hasard...)
: MASACRE A LA TRONCONNEUSE (un petit bonjour au passage à l'excellent magazine de photo - ah bon, c'est une revue de cinéma?- STUDIO, qui considère ce film comme le premier film gore de l'histoire. Vous comprenez donc q
u'on puisse avoir envie de remettre les points sur les i). Ce qui est étrange, c'est que rarement un film aura autant joué sur la suggestion et une ambiance véritablement malsaine et morbide plutôt que de jouer la carte des tripes à l'air libre (il y a pl
us de scènes véritablement gores dans L'EXORCISTE que dans MASSACRE...), et pourtant, rarement un film aura été aussi efficace, et par conséquent, autant critiqué (rappelons que le film
, présenté à Cannes en 1975, et couronné à Avoriaz du Prix de la Critique l'année suivante, ne sortira en France qu'en 1982). Il faut dire aussi que le père Hooper réalise son film (adapté d'une histoire vraie, pour ceux qui n'auraient pas encore mangé) a
vec un 16 mm poisseux, insérant des plans avec des animaux écrasés, des meubles construits à base d'ossements, et j'en passe, et bouclant son film sur une séquence qui pulvérise les limites de la résistance cérébrale à la violence hors-champ et à la doule
ur communicative : les cris de Marilyn Burns n'en finissent plus, les gros plans sur ses yeux exorbités et injectés de sang sont interminables... C'est éprouvant, certes, mais vous avez été prévenu. Un petit film qui s'avère donc en être un très grand, et
donc, pour nous, une date à retenir...
Pendant ce temps-là, en Italie, Dario Argento poursuit son chemin en livrant LE CHAT A NEUF QUEUES (1971) et QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS (1972) (ainsi que LE CINQUE GIORNATE, qui n'est jamais sorti ailleurs qu'en Italie et qui, de toute façon, n'est même pas un film d'horreur et ne nous intéresse donc pas pour l'instant), et, enfin, LES FRISSONS DE L'ANGOISSE (
1976), son premier grand "giallo", qui ne comporte que peu de scènes gores, discrètes (le premier meurtre du film). La même année nous arrive du Canada un cinéaste avec lequel le genre devra désormais compter, un visionnaire démentiel obsédé par la chair,
ses mutations, et la séxualité, j'ai nommé : David Cronenberg, qui réalise FRISSONS, suivi de près, l'année suivante, par RAGE (1977).
1977 est une année faste. Wes Craven nous livre son second film, son dernier film enragé : LES COLLINES ONT DES YEUX, une histoire très glauque (qui n'est pas sans ressembler à MASSACRE A LA T
RONCONNEUSE) confrontant une gentille famille à une famille de dégénérés et, qui plus est, cannibales, qui compte parmi les siens une gueule du cinéma fantastique, Michael Berryman, plus connu sous le nom de "l'homme à la tête en pain de sucre"
, tandis qu'Argento nous livre son second chef-d'oeuvre, à milles lieues des FRISONS DE L'ANGOISSE, SUSPIRIA.
SUSPIRIA est un grand film graphique, un conte de fées horrible uniquement visuel, un festin pour les yeux. La première mort du film (attention, je vais passer pour quelqu'un de morbide) est sans aucun doute une des
morts les plus belles et les plus imaginatives jamais fixées sur pellicule (et une scène terrifiante pour tous les néophytes). Deux ans plus tard, avec INFERNO, Argento reviendra à ce cinéma gothique, unique, qui possède
une logique visuelle propre, absolument implacable.
Si 1977 est une année faste, que dire de 1978, si ce n'est que c'est une année phare.John Carpenter, jusqu'alors connu des seuls amateurs de fantastique, offre au public du monde entier sa plus grande frayeur depuis longtemp
s avec HALLOWEEN, Michael Meyers et la plastique irréprochable de Jamie Lee Curtis. Certes, certains d'entre vous me diront qu'HALLOWEEN n'est pas à proprement parler un film gore, mais
il a tellement influencé le genre qu'il est tout de même incontournable. 1978 est aussi l'année du grand retour au gore de Romero (qui a tout de même réalisé, entre autres, depuis sa NUIT DES MORTS-VIVANTS, MARTIN et LA NUIT DES FOUS VIVANTS/THE CRAZIES), avec ZOMBIE/DAWN OF THE LIVING DEAD, sans doute le plus grand film gore de tous les temps, donc, comme nous le di
sions précédemment. Dans celui-ci, il met en scène un groupe de quatre personnes qui trouve refuge dans un centre commercial grouillant de zombies. Habile critique de la société de consommation de son époque déguisée en film de guerre opposants les morts
aux vivants, ZOMBIE est rempli de séquences savoureusement gores, surtout dans sa dernière demi-heure. Une véritable épopée, inoubliable (vous en connaissez beaucoup des films gores qui durent deux heures, vous? Je sais,
vous ne connaissez pas de films gores du tout, et en plus vous vous en foutez - bon, c'est pas grave). Pour les plus cinéphiles d'entre vous, 1978 est aussi l'année de sortie du PHANTASM de Don Coscarelli (film américai
n et non italien comme on pourrait le croire) et de son mythique croque-mort (interprété par Angus Scrimm).
ZOMBIE entrainera une véritable déferlante de films de zombies, surtout chez nos amis transalpins. En 1979, Lucio Fulci, grand maître italien du gore et du macabre, nous offre sa vision des choses avec L'ENFER DES ZOMBIES (carrément appelé ZOMBI 2 en Italie), un film assez crade et, par conséquent, mémorable. Au rayon boucherie transalpine, toujours, il y a aussi l'assez mauvais ANTHROPOPHAGOUS de Joe D'Amato, qui ne vaut que pour sa dernière minute réellement gerbos et une séquence où l'anthropophage en question (Goerge Eastman) extirpe un foetus du ventre d'une femme enceinte et le dévore (sans commentaires...).
Dernier morceau italien de l'année, CANNIBAL HOLOCAUST de Ruggero Deodato est un de ces films extrèmes que je ne peux que vous déconseiller (je vous assure, c'est pour votre bien), autant terminer la décennie en beauté
en lorgnant du côté de Fulci et en pensant aux films à venir...
Pour ceux qui en veulent encore plus, Un petit tour d'horizon...part 2 : 1980-1997.
Pour ceux qui salivent déja beaucoup (si vous avez déja essoré plus de deux bavoirs, vous êtes concernés), Gallerie de photos saignantes....
(Vous pouvez aussi jeter un petit coup d'oeil à une filmographie sélective du genre.)
Tous ceux qui ne figurent dans aucune des deux catégories peuvent toujours allez consulter les films cultes d'Andry ou de Meng...
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